Féminicides, où en sommes-nous aujourd'hui ?

Le féminicide est l’un des thèmes principaux de mon premier roman, Intrigue chez Virginia Woolf, écrit en 2008, repris en 2016 et publié en 2018. Il reste avant tout un roman policier, un cosy mystery, avec une touche de fantastique. 

À la fin de mon récit, j’emploie ce terme, très peu utilisé même en 2018, car seulement entré dans le dictionnaire, Le Petit Robert, en 2015.

« La violence à l’égard des femmes est si répandue que chacun d’entre nous peut faire quelque chose pour la combattre. Nous devons unir nos forces pour faire disparaitre ce fléau, promouvoir une égalité pleine et entière entre les sexes et édifier un monde dans lequel les femmes et les filles seront en sécurité, comme chacune d’entre elles le mérite et pour le bien de l’humanité tout entière ».

C’est ainsi que Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, a choisi de résumer cette situation dramatique le 25 novembre 2018, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

Définition et origine du terme : « Féminicide »

Le meurtre d’une femme ou d’une jeune fille, en raison du fait qu’elle soit une femme, n’est pas reconnu en tant que tel dans le Code pénal français.

Féminicides

Tous les meurtres de femmes ne sont pas des féminicides. Ceux que l’on peut qualifier ainsi sont :

Le féminicide intime : un crime individuel commis par un partenaire ou un ex-partenaire ; cela concerne 35% de l’ensemble des meurtres commis sur les femmes dans le monde.

–  Les crimes dits d’honneur : un membre de la famille tue une femme ou une fille qui aurait commis une transgression sociale de genre (avoir été violée peut être considéré comme une transgression sociale de genre).

Le crime lié à la dot : tuer une femme pour un conflit lié à la dot devant être versée par la famille de la femme.

Le féminicide non intime : il s’agit d’un crime commis par une personne qui n’a pas de lien intime ou familial avec la victime.

Le féminicide, ou femicide en anglais, est un mot-valise constitué des termes female (ou « féminin ») et « homicide », sur le même modèle que « parricide » ou « infanticide ». Le terme est inventé en 1992, afin de mettre spécifiquement en exergue les assassinats de femmes, dans un ouvrage de sociologie américain, écrit par deux féministes, Jill Radford et Diana Russell.

Jusque là, il n’existait que le mot “homicides”, qui ne permettait pas la distinction de genre. «Féminicide» est ensuite popularisé après les disparitions et assassinats particulièrement abominables dont sont victimes les Mexicaines à partir de 1993.

Féminicides
Violences faites aux femmes

Pourquoi faut-il en parler ?

C’est la première cause de mortalité des femmes dans le monde.

Les violences de genre sont meurtrières, que ce soit dans la sphère privée ou publique, les femmes sont exposées à des formes spécifiques d’atteintes à l’intégrité physique. 

Le contexte des meurtres de femmes :

En France, les données analysées par le ministère de l’Intérieur ne concernent que les féminicides conjugaux. D’après les statistiques, les auteurs de meurtres envers les femmes correspondent au profil suivant :

  • homme en couple,
  • français,
  • âgé de 30 à 49 ans, ou de 70 ans et plus,
  • professionnellement inactif, dans la majorité des cas, sous l’emprise de substances (drogues, alcool, etc.).

Les faits se déroulent principalement :

  • au domicile conjugal ou de celui de l’un des partenaires,
  • après une dispute ou après l’annonce du désir de séparation, exprimé par la femme,
  • à l’aide d’une arme à feu ou arme blanche.

À ces féminicides s’ajoutent d’autres victimes, celles-ci collatérales : les enfants. Ils peuvent se retrouver témoins de scènes traumatisantes, ou dans le pire des cas, succomber à leur tour sous les coups du parent infanticide.

Traitement des féminicides

 dans le monde

Le problème des féminicides concerne l’ensemble de la planète. Voici quelques exemples :

  • au Canada où les femmes autochtones sont les premières victimes de disparitions ou de meurtres, les féminicides ne sont pas pris en compte dans le droit pénal. Le gouvernement actuel tend à faire évoluer la situation, mais la justice est jugée trop laxiste sur la question, surtout à l’égard de ces femmes amérindiennes,
  • en Europe, depuis 2004 et 2013, l’Italie et l’Espagne font figure de proue. Ces deux pays disposent d’un arsenal juridique spécifique. En 2022, l’Espagne vient de créer des tribunaux spécialisés pour ces violences de genre. La conséquence directe est la baisse progressive du taux d’homicides à l’encontre des femmes,
  • Les féminicides sont désormais inscrits dans le Code pénal de 18 pays latino-américains, car le continent sud américain se classe en 2e position concernant les violences faites aux femmes.
 en France

Comme je le rappelai plus haut, il n’existe pour l’instant aucune loi concernant les féminicides en France. L’État est néanmoins signataire de la Convention d’Istanbul, entrée en vigueur en 2014, qui vise à “protéger les femmes contre toutes les formes de violences”. Une prise de conscience institutionnelle commence par ailleurs à émerger vis-à-vis des agressions liées au genre. Des mesures sont peu à peu mises en place avec notamment :

  • pose de bracelets électroniques sur les auteurs de violences non incarcérés,
  • une meilleure formation des forces de l’ordre pour une prise en charge plus efficace des victimes,
  • la plateforme « Dépose ta plainte » qui permet à la victime de porter plainte en ligne, sans avoir à se déplacer au commissariat.
  • « Téléphone Grave danger » destinés aux femmes victimes de violences. (Ce téléphone est délivré sur décision du Procureur de la République, après évaluation du danger. Il permet à la bénéficiaire de déclencher l’alerte auprès d’Allianz Assistance qui, dans les cas prévus par le dispositif, relaie l’information aux services de police pour intervention. Le téléphone portable d’alerte est un outil qui fait partie d’un dispositif global de protection pour les femmes victimes de violences en grand danger.)

Comment lutter ?

Stop aux violences faites aux femmes

En France, les statistiques des féminicides restent préoccupante.

Les féminicides sont en hausse de 20% en 2021 par rapport à 2020. (Article du journal Le Monde, du 26 août 2022)

Quelques initiatives sont mise en place, il est désormais possible de :

 L’historienne, Christelle Taraud, spécialiste des questions de genre, déclare : 

« Les hommes qui tuent leur compagne ont grandi dans un système patriarcal qui les privilégie. »

Un changement de paradigme s’impose. Car l’éducation et la sensibilisation aux problèmes de société restent les armes les plus efficaces pour lutter contre toutes les formes de violences.

C’est pourquoi il est indispensable d’en parler pour que les individus prennent conscience de l’atrocité qu’un tel acte représente autant pour la victime que pour ses proches. N’oublions pas que lorsqu’un féminicide est commis, ce sont plusieurs vies qui sont détruites, essentiellement celles des enfants de victimes qui payeront durant toute leur vie le tribut de la folie d’un homme. 

D’après moi, tant qu’une réelle volonté politique dans ce domaine ne sera pas effective, peu de choses changeront.  

J’ai écrit mon premier roman, Intrigue chez Virginia Woolf, en pensant à tous les effets délétères, dus à la domination masculine. Je vous invite à le lire si ce n’est pas déjà fait, et à me donner votre avis à son sujet, ou celui de ce sujet en général, dans les commentaires, sous cet article.

Prenez soin de vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

7 commentaires

  1. C’est un fait de société qui ne peut changer qu’avec une prise de conscience et une volonté générales, de l’état à la famille, en passant par l »école.
    Je vois encore trop de femmes qui élèvent leurs garçons comme des petits coqs pendant que les filles débarrassent la table.
    Le monde du travail reste encore très sexiste, ne serait-ce que par les inégalités de salaire.
    La société, dans son ensemble, met en avant les valeurs masculines.
    Changer tout cela implique une vigilance permanente sur tous les fronts.

    1. Oui, entièrement d’accord, il nous faut être vigilants, car les schémas de domination ont la vie dure. Bon dimanche à vous !