Virginia Woolf et sa garde-robe

Un vêtement à soi

 
J’avais lu quelque part que Virginia Woolf n’aimait pas s’habiller et que pour elle c’était plutôt une corvée. Elle avait autre chose en tête que son apparence.
 

J’ai découvert un article de Sophie Fontanel qui dit en parlant du groupe de Bloomsbury (petit rappel : le groupe de Bloomsbury, fondé par Virginia et sa sœur, Vanessa, fédérait un cercle d’intellectuels anglais dans le premier tiers du XXe siècle), que sur les cartons d’invitation il était inscrit : « Bring no Clothes » (« N’apportez pas de vêtements »).

Quelques années avant Coco Chanel, un air de liberté vestimentaire flottait sur ce groupe aussi bien pour les femmes que pour les hommes.
Virginia Woolf devant sa maison à Asheham
Le style "Boyish" de Virginia Woolf, symbole de sa liberté. Virginia Woolf prend la pose devant le manoir, appelé Asheham, que le couple louait dans le Sussex pour passer les week-end et les vacances.
Quand Virginia Woolf et Vanessa Bell préviennent «Bring no clothes», elles ne demandent pas à leurs amis de venir nus, elles leur demandent juste de ne pas se sentir prisonniers des conventions, mais d’être eux-mêmes, à l’aise dans leurs habits.
Virginia elle-même s’est depuis longtemps affranchie des corsets qu’elle juge malcommodes et grotesques. Elle laisse vivre son corps dans des cotonnades, porte de longues écharpes et affectionne les grands chandails, considéré aujourd’hui comme le style « boyish », puisque emprunté aux hommes.
 
La différence avec Coco Chanel, c’est que Virginia Woolf, loin de se voir à la pointe de la mode, a le sentiment de s’en désintéresser totalement, assumant d’être « habillée n’importe comment ». Sauf que ce «n’importe comment » pose les bases de l’air du temps à venir.
 
Vanessa Bell, de son côté, se fabrique ses propres vêtements, patchworks au petit bonheur la chance qu’elle fait parfois tenir avec des épingles à nourrice.
 

Bref, Virginia est Chanel et Vanessa est Margiela, le grand couturier belge.

Grâce à leur influence, tout Bloomsbury va bientôt n’en faire qu’à sa guise, créant un style bohème qui privilégie les matières molles et rustiques pour les hommes, quand la culture vestimentaire anglaise est faite de « tenue», donc de rigidité.

Le groupe Bloomsbury recycle et fait de l’upcycling avant l’heure. Il dégenre avant l’heure et fait de l’arte povera. Il ne peut pas imaginer que sa démarche stylistique entrera dans l’histoire.

Quand Vanessa Bell meurt, ses vêtements sont brûlés. Personne ne les juge précieux. Heureusement le mythe, lui, est resté. Grâce à des photos et des portraits, de nombreux objets de décoration dont des meubles, nous avons aujourd’hui une documentation inestimable sur l’apparence de ce groupe et sa production artistique. À ce sujet, Monk’s House, la maison de Virginia et de Leonard Woolf, ainsi que « Charleston farm », la maison de Vanessa Bell, ouvertes toutes les deux au public dans le Sussex de l’Est, nous en donne un parfait exemple. 

En 2023, Kim Jones, directeur artistique de Dior Homme, a créé une collection Bloomsbury à partir de cette iconographie. On ne s’étonnera pas que la maison soit partie prenante dans l’exposition britannique qui s’est tenue dans la nouvelle galerie de Charleston (maison de Vanessa Bell) en janvier 2024.

Mais le plus important n’est pas là, c’est d’avoir une fois de plus confirmation que le style ne naît que d’une liberté prise. Le style est toujours autre chose que ce qui se fait.

Virginia Woolf, en plus de tout, le savait.

 
N’hésite pas à me livrer tes impressions. J’ai toujours beaucoup de plaisir à te lire et à te répondre.
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2 commentaires

  1. Bien ce texte. Il donne un éclairage un peu décalé sur ce groupe informel, ouvert, qui tout en composant un ensemble hétorogène de personnalités fortes, irrévérencieuses, aux activitées et réflexions conceptuelles aussi diverses que variées ; était aux antipodes de l’austère morale victorienne prévalant alors. A ce titre, en dehors de toutes théories nébuleuses, on peut se demander ce que quelqu’un comme Keynes – grand théoricien bisexuel, écrivant des ouvrages traitant d’économie – lesquels (pour la faire courte) préconisaient la mainmise de l’Etat sur le marché – où Leonard Wolff, militant convaincu du « socialisme pragmatique » ou encore les philosophes Ludwig Wittgenstein (très tourmenté), George Edward Moore et bien d’autres, pouvaient y trouver ? Mystère…
    Cela rappelle, sans formalisme, l’ébauche d’une sorte  » d’école de pensée  » hédoniste, aléatoire, non établie.
    Bon après-midi.
    A un aut’ soleil.

    1. Bonjour et merci Rémy pour ce beau commentaire qui montre l’ambigüité des êtres et leurs contradictions. Bon dimanche à toi.